On a longtemps fait croire que le bonheur était un état d’esprit.
Qu’il suffisait de comprendre son passé, de travailler sur soi, de changer sa façon de penser pour aller mieux.
C’est une vision séduisante.
Mais elle est profondément incomplète.Car la dépression, le trauma, l’effondrement intérieur ne sont pas seulement des histoires psychologiques. Ce sont des états neurobiologiques. Des dérèglements réels du cerveau et du système nerveux.
Et tant qu’on n’intègre pas cela, on laisse énormément de personnes dans l’échec, la culpabilité et l’incompréhension.
Quand on va mal, ce n’est pas “juste dans la tête”
Un traumatisme, un stress prolongé, une dépression ne passent pas sans laisser de traces.
Ils modifient le fonctionnement même du cerveau.
Ils altèrent les circuits de la motivation, du plaisir, de la sécurité.
Ils dérèglent la production de neurotransmetteurs.
Ils figent le système nerveux dans des états d’alerte, d’effondrement ou d’anesthésie émotionnelle.
À ce stade, on ne parle plus seulement de tristesse ou de pensées négatives.
On parle d’un organisme qui ne fonctionne plus de la même façon.
Un cerveau qui a appris la survie, la peur ou l’épuisement n’a pas simplement besoin de comprendre.
Il a besoin d’être réentraîné.
Pourquoi la psychothérapie échoue chez tant de personnes?

La psychothérapie peut être précieuse.
Elle permet de mettre des mots, de donner du sens, de comprendre son histoire, de sortir du déni.
Mais dans de nombreux cas, elle atteint une limite.
Parce que parler agit surtout sur le mental, alors que la dépression et le trauma sont inscrits dans la biologie du cerveau et du corps.
Beaucoup de personnes savent très bien pourquoi elles vont mal.
Elles ont identifié leurs blessures, leurs schémas, leurs mécanismes.
Et pourtant, intérieurement, rien ne bouge vraiment.
Elles comprennent… mais elles ne vont pas mieux.
Non pas par mauvaise volonté.
Mais parce qu’un cerveau ne se transforme pas durablement par l’analyse seule. Il se transforme par l’expérience.
Les médicaments ne reconstruisent pas un fonctionnement interne
Les traitements peuvent parfois être nécessaires.
Ils peuvent stabiliser, soulager, empêcher de sombrer plus bas.
Mais eux non plus ne suffisent pas à reconstruire un équilibre.
Ils modifient chimiquement un terrain.
Ils ne réentraînent pas des circuits.
Ils ne recréent pas à eux seuls l’élan vital, la sécurité intérieure, la capacité de plaisir, la régulation émotionnelle.
Ils peuvent être un soutien.
Ils ne sont pas un processus de transformation.
Comment on transforme réellement un cerveau
Un cerveau se modifie par ce qu’on lui fait vivre.
Par le mouvement.
Par la respiration.
Par la stimulation sensorielle.
Par la création.
Par les rythmes.
Par l’hygiène de vie.
Par la répétition.
Par l’expérience émotionnelle incarnée.
C’est ainsi que se recréent des circuits.
C’est ainsi que se relance la neuroplasticité.
C’est ainsi que la neurochimie se rééquilibre progressivement.
On ne guérit pas un dérèglement neuronal avec des intentions.
On le guérit avec des expériences répétées.
Le bonheur n’est pas un concept. C’est un état biologique
Le bonheur n’est pas une idée à adopter.
C’est un état interne précis.
Il repose sur des équilibres concrets : neurotransmetteurs, système nerveux, hormones, inflammation, énergie cellulaire, rythmes biologiques.
Quand ces paramètres sont déréglés, il est extrêmement difficile de “penser” son bonheur.
Le bonheur se construit.
Il se restaure.
Il s’entraîne.
Et il ne se construit jamais sans actions concrètes.
Là où commence la vraie guérison
Dire cela n’est ni culpabilisant, ni simpliste.
C’est au contraire profondément libérateur.
Parce que cela signifie que même après des années de souffrance, même après des échecs thérapeutiques, même après un trauma, il existe encore des leviers réels.
Guérir ne consiste pas seulement à comprendre ce qui nous a brisés.
Guérir consiste à réentraîner ce qui a été dérégulé.
Et aucun cerveau ne se réentraîne sans action.
Frédérique Shine


